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Pourquoi les marchés financiers tournent le dos au Sénégal ? Une plongée dans la crise de la dette

Le 14/11/2025 à 22:59 0

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Par Wack SAINE,  publié le 14 novembre 2025

Imaginez un pays émergent, riche en ressources naturelles et en potentiel démographique, qui voit soudainement ses obligations d'État se négocier à moins de 70 cents pour un euro investi. C'est la réalité brutale que traverse le Sénégal en ce mois de novembre 2025. Les eurobonds à échéance 2031 et au-delà ont chuté à des niveaux historiquement bas, reflétant une méfiance croissante des investisseurs. Derrière cette sanction des marchés se cache une tempête parfaite : une dette cachée abyssale, un refus catégorique de restructuration et des tensions politiques qui érodent la confiance. Dans cet article, nous décortiquons les causes de cette crise et explorons les pistes pour un rebond. Si vous suivez l'Afrique de l'Ouest, cet épisode est un cas d'école sur les pièges de l'opacité budgétaire.

1. La bombe de la dette cachée : un héritage toxique

Dette cachee du senegalTout commence par une révélation choc en septembre 2024, juste après l'arrivée au pouvoir de la nouvelle administration. Une "dette cachée" de plus de 11 milliards de dollars – soit environ 7 milliards USD selon certaines estimations récentes – est mise au jour, accumulée sous l'ère de l'ancien président Macky Sall. Ce passif occulte porte le ratio dette publique/PIB à un vertigineux 132 %, un niveau jugé "inédit et insoutenable" par les experts.

Pourquoi cette opacité ? Des engagements off-balance-sheet, des garanties d'État non déclarées et une comptabilité créative ont masqué l'ampleur réelle des emprunts. Le Fonds monétaire international (FMI), qui avait suspendu un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars en 2024, n'a toujours pas conclu de nouvel accord. Résultat : le Sénégal est privé d'un filet de sécurité crucial, avec un écart budgétaire estimé à 500 milliards de FCFA en 2024 et 300-400 milliards pour 2025.

Cette découverte n'est pas seulement un chiffre : c'est un séisme qui ébranle la crédibilité du pays. Les agences de notation, comme Moody's ou Fitch, ont dégradé la note souveraine sénégalaise, signalant aux investisseurs un risque de défaut imminent.

2. Le refus de restructuration : un pari risqué d'Ousmane Sonko

Au cœur de la tourmente, le Premier ministre Ousmane Sonko, figure charismatique de l'opposition d'hier devenue exécutive, a pris une position ferme qui aggrave la situation. Lors de discussions avec le FMI à Dakar fin octobre 2025, une restructuration de la dette – un allègement des échéances pour la rendre gérable – a été proposée. Réponse de Sonko : un niet catégorique. "Le Sénégal n'acceptera pas d'être perçu comme un mauvais élève", a-t-il déclaré, pointant du doigt l'héritage de son prédécesseur.

Ce refus, motivé par une volonté de souveraineté, est perçu par les marchés comme un signal de rigidité. Une restructuration aurait pu apaiser les créanciers et restaurer la confiance, mais elle stigmatiserait le pays comme un cas "à risque". Aujourd'hui, les négociations techniques avec le FMI se poursuivent, confirmées le 12 novembre, mais sans avancée concrète sur la dette. Pendant ce temps, la loi de finances 2026 est examinée sous haute pression internationale, avec des appels à des coupes budgétaires drastiques pour résorber le déficit.

Sonko mise sur la transparence et les réformes internes, mais les marchés, eux, exigent des actes. Sans compromis, le coût de l'endettement pourrait exploser, avec des rendements sur les eurobonds flirtant les 16 %.Pm dette de la honte

3. Instabilité politique et érosion de la confiance : le facteur humain

Au-delà des chiffres, c'est l'instabilité politique qui scelle le sort du Sénégal sur les marchés. Des tensions au sommet de l'État – du "tera-meeting" controversé aux critiques contre la justice – ont créé un climat d'incertitude. Comme l'explique un économiste : "Les marchés sanctionnent en fonction de la confiance. Ils n'aiment pas les opacités ni les querelles internes."

Malgré une économie résiliente en 2025, soutenue par une croissance robuste et le démarrage imminent de la production d'hydrocarbures, les investisseurs fuient. Le FMI note un contexte mondial incertain et des conditions de financement plus strictes, mais c'est la gouvernance locale qui pèse le plus lourd.Diomaye faye face a sonko

Vers un rebond ? Les leviers d'espoir et les leçons à tirer

Le Sénégal n'est pas condamné. Le potentiel des champs pétroliers et gaziers, avec une première production attendue en 2025, pourrait inverser le déficit courant et générer des recettes substantielles. Des réformes pour plus de transparence budgétaire sont en cours, et les discussions avec le FMI pourraient aboutir à un accord d'ici fin 2025.

Mais la leçon est claire : dans un monde interconnecté, la souveraineté ne rime pas avec isolement. Pour les investisseurs, le Sénégal reste une destination attractive à long terme, mais à court terme, prudence. Et pour les décideurs africains, cet épisode rappelle l'importance d'une gestion proactive de la dette.Jad20250703 eco dossier dette cachee senegal

Qu'en pensez-vous ? Le refus de restructuration est-il un acte de dignité ou une erreur stratégique ? Partagez vos avis en commentaires, et abonnez-vous pour plus d'analyses sur l'économie africaine. Prochain article : "Hydrocarbures au Sénégal : mirage ou bouée de sauvetage ?"

Sources : RFI, Jeune Afrique, Agence Ecofin, Le Monde, FMI. Cet article est basé sur des données actualisées au 14 novembre 2025.

 

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