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La Colonisation 2.0 : Comment le FMI et la dette transforment l'Afrique en otage économique

Le 15/11/2025 à 21:56 0

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Par Wack SAINE, publié le 15 novembre 2025

Dans les rues de Dakar, on murmure que l'indépendance n'a jamais été totale. Soixante-cinq ans après les fanfares de 1960, l'Afrique de l'Ouest fait face à une nouvelle forme d'asservissement : la "colonisation 2.0". Pas de baïonnettes cette fois, mais des clauses contractuelles, des restructurations imposées et des dettes occultes qui enchaînent les nations. Au Sénégal, épicentre de cette tempête en 2025, la crise de la dette cachée – révélée il y a un an et amplifiée par le refus de restructuration d'Ousmane Sonko – illustre parfaitement ce néocolonialisme financier. Le Fonds monétaire international (FMI), jadis sauveur autoproclamé, est aujourd'hui accusé d'être le bras armé d'un système qui perpétue la dépendance. Décryptage d'un piège invisible, avec des leçons pour l'Afrique entière.

1. Les racines : De la dette comme arme de contrôle

La colonisation classique pillait les ressources ; sa version 2.0 les hypothèque. Au Sénégal, la découverte en septembre 2024 d'une dette cachée de plus de 7 milliards de dollars, accumulée sous Macky Sall, a catapulté le ratio dette/PIB à 132 % – un record inédit en Afrique, selon le FMI lui-même. Ce n'est pas un accident : c'est le fruit d'une opacité encouragée par un système international qui prête pour mieux dicter.

Les ajustements structurels du FMI, imposés depuis les années 1980, ont transformé l'Afrique en laboratoire d'austérité. Privatisation des services publics, coupes budgétaires et ouverture forcée aux marchés étrangers : ces "remèdes" ont creusé les inégalités et favorisé les multinationales occidentales. Comme l'explique un rapport récent, ce déficit démocratique au FMI – dominé par les pays riches – n'est rien d'autre qu'un néocolonialisme économique déguisé. En Afrique subsaharienne, 80 ans d'interventions du FMI et de la Banque mondiale ont imposé des politiques d'austérité au nom du remboursement, perpétuant un cycle de dette insoutenable.

Au Sénégal, le gel du programme de 1,8 milliard de dollars en 2024 par le FMI n'était pas une punition aléatoire : c'était un levier pour imposer la transparence... et les conditions. Résultat ? Les marchés sanctionnent, les eurobonds chutent, et Dakar mendie un accord qui risque de brider sa souveraineté.

2. Le FMI, ce "gouvernement néocolonial" de l'Afrique

Imaginez une institution qui dicte les budgets nationaux sans être élue : c'est le FMI en Afrique. Des voix s'élèvent pour le qualifier de "gouvernement néocolonial régnant sur des pans entiers du continent". Pourquoi ? Parce que ses prêts viennent avec des chaînes : réduction des subventions alimentaires, gel des embauches publiques, et une surveillance intrusive qui érode l'autonomie.

Au Sénégal, le Premier ministre Ousmane Sonko incarne la résistance. Son refus de restructurer la dette en octobre 2025, malgré les pressions du FMI, est un cri de dignité : "Nous ne serons pas des mauvais élèves éternels." Mais ce bras de fer expose le piège : sans accord, le pays risque l'isolement financier ; avec, c'est l'acceptation d'une tutelle qui rappelle les comptables coloniaux d'hier. PASTEF, le parti au pouvoir, avait promis la rupture avec le néocolonialisme – audits massifs, renégociation des contrats miniers – mais les lenteurs bureaucratiques et les tensions internes freinent le momentum.

Ce n'est pas isolé au Sénégal. Du Mali à la Côte d'Ivoire, la Françafrique mutante – via les Accords de Partenariat Économique (APE) de l'UE – complète l'œuvre du FMI en verrouillant les marchés africains aux importations européennes. L'héritage ? Une Afrique qui exporte ses matières premières à bas prix et importe ses dettes à taux exorbitants.

3. Les masques de la modernité : Transparence ou surveillance ?

La rhétorique du FMI est habile : "transparence" et "soutenabilité". À Dakar, la mission du FMI en novembre 2025 salue les efforts sénégalais pour auditer la dette cachée, ouvrant la porte à de nouveaux appuis. Mais derrière les sourires, c'est une surveillance accrue : chaque centime dépensé sera scruté, chaque réforme imposée. Comme sous les ajustements structurels, cela frappe les plus vulnérables – hausses de TVA, coupes dans la santé – pendant que les élites s'en sortent.

Pourtant, des fissures apparaissent. Bassirou Diomaye Faye, président depuis 2024, joue l'équilibriste : réformes monétaires pour sortir du FCFA, alliances avec la Chine et la Russie pour diversifier les partenaires. C'est un pari : transformer la crise en opportunité pour une "souveraineté économique réelle".

4. Briser les chaînes : Vers une décolonisation financière ?

La colonisation 2.0 n'est pas inéluctable. Des mouvements comme le CADTM appellent à l'abolition pure et simple du FMI et de la Banque mondiale après 80 ans de domination. Au Sénégal, le potentiel des hydrocarbures (première production en 2025) et une jeunesse mobilisée pourraient inverser la tendance. Mais il faut du courage : audits citoyens, unions panafricaines pour renégocier les dettes, et un rejet des prêts toxiques.

Le Sénégal n'est pas une victime passive ; c'est un laboratoire de résistance. Si Sonko et Faye parviennent à sceller un accord FMI équilibré – ou à s'en passer –, cela pourrait inspirer l'Afrique. Sinon, la dette restera le nouveau fouet colonial.

Qu'en pensez-vous ? La dette est-elle vraiment un outil de néocolonialisme, ou un mal nécessaire pour le développement ? Partagez en commentaires, et abonnez-vous pour explorer plus de thèmes comme "Françafrique : fin ou mutation ?".

Sources : RFI, Alternatives Économiques, CADTM, Afrique XXI, Mediapart. Analyse basée sur des données au 15 novembre 2025.

FMI dette cachée financement Politique Sénégal

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