Le contexte : Une transition politique qui révèle les fissures
Tout commence en avril 2024, lorsque le Sénégal connaît un changement de gouvernement après des années de tensions politiques. Les audits postérieurs, menés par les nouvelles autorités, dévoilent l'ampleur du désastre. Depuis 2019, sous le couvert de plusieurs programmes d'aide du FMI, le pays a contracté des emprunts massifs, principalement en dollars américains et en livres sterling. Ces dettes, non déclarées publiquement, n'apparaissaient pas dans les rapports officiels de l'institution. Résultat : une surcharge budgétaire qui limite drastiquement les marges de manœuvre futures. Tout nouvel emprunt devra désormais passer par une approbation parlementaire dans les juridictions émettrices (États-Unis et Royaume-Uni), une contrainte inédite pour un pays en développement.
Peter Doyle ne mâche pas ses mots : "C'est une catastrophe économique qui pèsera sur les générations futures." L'économiste, connu pour ses analyses pointues sur les politiques macroéconomiques africaines, accuse directement le FMI d'avoir failli à sa mission de vérification des données. Au lieu de cela, l'institution aurait couvert l'affaire en la qualifiant de simple "mauvaise représentation" des faits – un euphémisme qui masque une négligence flagrante.
Macky Sall, l'"éminence grise" indésirable

L'ancien président sénégalais, qui a quitté le pouvoir en 2024 après deux mandats marqués par des controverses, est au cœur des critiques. Doyle le décrit comme un "paria" qui continue de parader sur la scène internationale, se comportant en "éminence grise" influente. "C'est absurde", tonne l'économiste. Sous Sall, le Sénégal a vu ses emprunts publics exploser sans que les garde-fous institutionnels ne soient activés. Des projections d'inflation absurdes publiées par le FMI – comme une chute à -13 % fin 2025 suivie d'un bond à +42 % fin 2026, incompatibles avec le peg du franc CFA à l'euro – illustrent l'amateurisme et la complaisance qui ont régné.
Doyle va plus loin : il exige que Macky Sall soit ostracisé des cercles diplomatiques et économiques. "Il est temps de mettre fin à cette situation intolérable", écrit-il, soulignant que l'ancien dirigeant a présidé à un endettement opaque qui a miné la souveraineté économique du pays.
Le FMI dans la tourmente : Une "faillite catastrophique"
Les flèches de Doyle se dirigent aussi vers les instances dirigeantes du FMI. Il pointe du doigt les directeurs des départements Afrique et des Affaires fiscales, accusés d'avoir ignoré des erreurs grossières dans les rapports. "Comment peut-on tolérer des projections aussi ridicules ?", interroge-t-il. Pour l'économiste, cette affaire n'est pas un accident isolé, mais le symptôme d'une "faillite catastrophique" de l'institution. Il appelle à un limogeage immédiat de ces responsables par la directrice générale Kristalina Georgieva, menaçant sinon de sa propre démission symbolique – un geste fort de la part d'un ancien insider.
Ce n'est pas la première fois que Doyle alerte sur les dysfonctionnements du FMI en Afrique. En 2024, il avait déjà critiqué les prévisions inflationnistes erronées pour le Sénégal, préfigurant ce scandale.
Vers une réforme ? Les recommandations pour un redressement
Au-delà des accusations, Doyle propose des solutions concrètes pour sortir de la crise :
Un programme intérimaire du FMI : Un plan d'urgence pour stabiliser les finances sénégalaises, incluant un gel immédiat des dettes non déclarées.
Transparence ex ante : Obligation de divulgation totale avant la signature de tout accord d'emprunt.
Correction des données : Révision urgente des projections macroéconomiques pour restaurer la crédibilité.
Ces mesures, selon lui, ne se limiteraient pas au Sénégal : elles pourraient servir de modèle mondial pour renforcer la gouvernance des institutions financières internationales. En Afrique, où la dette souveraine est un fardeau chronique, cet épisode ravive le débat sur la souveraineté économique et le rôle néocolonial perçu du FMI.
Conclusion : Une leçon pour l'Afrique et le monde
Le scandale du FMI-Sénégal est un rappel brutal : la transparence n'est pas une option, mais une nécessité. Macky Sall et ses complices au FMI ont trahi la confiance des Sénégalais, mais c'est à la communauté internationale de rectifier le tir. Peter Doyle, avec son article courageux, allume une mèche qui pourrait bien enflammer les réformes attendues depuis trop longtemps.
Wack SAINE
